16 types de personnalités, et moi et moi et moi

Tout commence en 1920 quand ce cher Gustav Jung propose une classification des types psychologiques pour identifier facilement et rapidement le mode de fonctionnement d’un sujet.

Cela donne lieu à 3 dimensions binaires et donc 8 combinaisons (2x2x2=8) et donc 8 types de personnalités identifiables.

Malgré une intention d’avant-garde, Jung pensait que cette typologie était bien évidement universalisable, or même les Big5 montrent des variations entre cultures.

Les dimensions

Extraversion / Introversion (E/I)

C’est l’axe principal selon Jung : Il y a des personnes qui mobilisent leur activité et énergie dans des interactions avec le « monde » (extraverti) et d’autre dans un rapport avec eux-même (« introverti »)

Sensation / Intuition (S/N)

L’axe est ici celui de la perception des informations. Soit le sujet perçoit « rationnellement » les informations, soit, à l’opposé elle « sent » les choses. Pour Jung, l’intuition est dans ce cadre la perception transmises par l’inconscient.

Pensée / Ressenti (T / F)

Après la perception, vient l’axe du mode d’évaluation d’un objet conscient. La pensée représente une approche rationnelle et analytique, alors que le Ressenti représente un mode émotionnel et affectif.

MBTI (Myers Briggs Type Indicator)

Qui ? quoi ?

Isabel B. Myers (bio en anglais) ajoute avec Katherine Cook Briggs une dimension à la typologie de Jung : un axe Organisation/Adaptabilité. Il est amusant de noter quand on lit bien la bio, que leur talent originel n’était pas celui de la psychologie.

Cela porte donc à 16 combinaisons (2x2x2x2) et donc 16 types de personnalités.

Seriously ?

Nous n’allons pas épiloguer:

  • Comme le rapporte très bien  Slate, la licence d’utilisation du MBTI leur rapporte 20 millions de dollars par an…
    SRC: Whashington Post
  • Une étude universitaire a fait le clair sur la validité de ce test
    SRC: « Measuring the MBTI… And Coming Up Short » , David J. Pittenger
  • Le ponpon revenant à une citation d’un rapport de l’amée américaine : « «Dans une analyse commandée par l’institut de recherche de l’armée [américaine], il est clairement conseillé de ne pas utiliser ce test pour ébaucher des plans de carrière. (…) »

Où est le problème ?

Le problème fondamental n’est pas que les personnes ressentent l’ardent désir de résoudre d’une façon simple et rapide la question de leur identité et trouvent donc dans ce genre de test « boite à chaussure » une réponse de l’ordre du miracle évitant l’introspection d’une vie.

Non, le véritable problème est que le présupposé originel est une réduction, une négation de la richesse de la psychologie humaine et que cela a des conséquences concrètes qui frisent avec l’abus de faiblesse. Quelques exemples :

  • Un recruteur refuse un candidat sous prétexte qu’il ne répond pas à une typologie (or il a été observé qu’en faisant 2 fois le test psychologique, les sujets n’ont pas les mêmes résultats)
  • Une jeune personne s’auto-persuade qu’elle n’a pas telle ou telle capacité.
  • etc.

Alors quoi ?

Alors de notre point de vue, si quelqu’un vous dit qu’il est une des 16 personnalités, n’abusez pas de lui … 🙂 répondez-lui que vous vous êtes « lion ascendant Scorpion avec la lune en bélier et le milieu du ciel en poisson » (ça marche avec tous les animaux)

Conclusion

De notre point de vue, le MBTI est un coup de génie, vraiment. Elles ont réussi à recréer (ou copier/coller) tous les aspects et travers de l’astrologie dans le cadre sémantique de la psychologie. Du génie. Car en plus, avec la licence, ils sont les seuls maîtres de ce système de classification  des individus .

A bon entendeur, amusez-vous bien !

FACEBOOK et FIVE LABS : la BigFaille

Et voilà que ce matin tous les médias du web en parlent : Facebook met en place une application qui donne une évaluation de votre personnalité sur les 5 axes des big5, non pas en demandant de répondre à des questions, mais en se basant sur une analyse sémantique des textes des utilisateurs.

Il y a tellement de choses à dire sur cet événement !

Une méthodologie certainement valide : L’université de Pennsylvanie annonce que l’analyse est basée sur 75 000 utilisateurs. La méthode a certainement consisté à faire passer le test des Big5 à ces personnes, puis corréler leurs résultats avec les mots utilisés par chacun sur leur compte Facebook. Puis, une fois les corrélations trouvées, faire une vérification prédictive en sortant les analyses des textes d’utilisateurs puis en leur faisant passer les test des big5.

Des analyses de ce type ont déjà été faites, avec d’autres objectifs évidement, dans le cadre de l’évaluation des sentiments et émotions contenus dans un texte (comprenez littéraire) (« Évaluations automatiques des émotions et sentiments, mémoire sémantique et compréhension de texte : expérimentations et simulations  » – N.LEAVEAU 2011)

Sous des aspects sympathiques, cette première application va devenir redoutable dans tous les sens du terme.

1. Cela devait arriver : C’est la suite logique et la nature profonde des réseaux sociaux que de connaître au mieux ses utilisateurs pour pouvoir leur proposer des services adaptés.

2. Peu importe la pertinence des résultats proposés visuellement à l’utilisateur! Ce qui est important est que ce gadget donne une bonne raison de faire passer des vrais tests à l’utilisateur. Par exemple « Pour améliorer notre application, merci de répondre à ces questions complémentaires »

3. L’application ne peut que s’améliorer. Ce n’est que le début. Elle va devenir de plus en plus fine et efficace, car elle peut être corrélée à beaucoup d’autres aspects non-sémantiques (taux de clic sur des pubs, jeux etc. )

Les failles du début ne sont pas très compliquées à comprendre, ce sont les mêmes que pour tous les tests de personnalité (y compris le notre) : l’universalité.
Autrement dit, l’appli Five Labs a été étalonnée sur des américains, avec le langage anglais. Cet étalonnage n’est pas valable pour d’autres cultures/langue. C’est une des critiques qui est faite à l’encontre du test originel des Big5, et nous avons rencontré le même problème : la culture et la langue sont un facteur non-négligeable d’une évaluation de la personnalité. Plus que cela, nos chiffres indiquent même, pour ce qui est de la France, des différences notables entre les départements du Nord et ceux du Sud (certainement à cause de la chaleur moyenne).

Ce qu’il va se passer :

Pour tous les non-américains, le test va être rigolo à faire, mais décevant. N’en doutez pas, ce qui est important du point de vue de Facebook, c’est que les données s’accumulent. Ensuite, le test sera certainement ré-étalonné par pays/culture, ce qui donnera certainement lieu à des publications sur de nouvelles grilles de notation des Big5 par pays.

Viendra ensuite la BigBascule : La recherche de corrélations entre les traits des BigFive et les comportements d’achat. Et là… là ça ne va plus rigoler. En effet, à terme, le but est de pouvoir déduire la stratégie marketing la plus adaptée à partir d’une simple analyse sémantique des propos tenus par l’utilisateur sans avoir à lui demander quoi que ce soit.

Le vrai problème de fond est sur l’anonyma, et non sur la pertinence qui ne peut que s’améliorer. Comprenez bien que la seule intention sous-jacente est de pouvoir se passer de questionnaire et donc d’un acte volontaire du sujet.

C’est un magnifique coup en bande.

Ajoutons que pour peu qu’un nombre non négligeable de cabinets de recrutement prennent les résultats de cette application comme un indicateur… et alors là… même les cadres le feront, ce qui permettra aux données de ne pas être cantonnées aux CSP(-)  . Jackpot Epic win !

 

 

 

Faire un test à la vitesse hypersonique

C’est beau… si si … très beau.

Vous pouvez vous battre pour essayer de faire comprendre que la personnalité humaine est d’une richesse effroyable, toujours en devenir, insaisissable, il y aura toujours un petit malin pour surfer sur la vague du facile à penser.

Donc, on va vous expliquer comment faire un test qui fait un maximum d’audience, c’est très facile :

D’abord, il faut une source d’inspiration. Prenons au hasard le MBTI. Bien que sous licence, il a été largement pillé ici ou là et vous en trouverez moulte versions sur internet.

Ensuite, vous renommez les dimensions et faites quelques petits arrangements pour que vous puissiez justifier de la nature novatrice de votre œuvre.

Après ça se corse un peu : il faut arriver à déclencher un effet de buzz, un effet viral. Donc, il faut que votre test de personnalité en ligne soit adapté aux réseaux sociaux.

Il faut aussi que ce soit facile à comprendre parce que les plus prompts à transmettre un truc sur les réseaux sociaux sont les jeunes. Et ça tombe bien parce qu’en plus les jeunes sont justement ceux qui cherche le plus leur identité !

Coté ergonomie, il ne faut pas des trucs compliqués. Cocher questions par questions, c’est « has been ». Il faut du « immédiat et tellement vrai ». Donc il vaut mieux que les questions soient déjà triées! l’utilisateur les acceptera par groupe de 10, ça sera plus rapide. Comme ça en 5 clics, il aura répondu à 50 questions par la positive et 50 question par la négative ! malin…

Coté garant, il vous suffit de dire que ça a été fait par un psy membre de l’APA, ça en jette. Bon certes, tous les psy américains sont membres de l’APA. En France, c’est comme si un médecin disait qu’il a fait le serment d’Hippocrate… Mais il faut reconnaître que ça en jette vraiment.

Et voilà, ajoutez une belle image d’une personne heureuse, et le tour est joué !

Que ce passe-t-il par la suite ?

C’est très simple, les testés s’interrogent sur leurs résultats avec des discours en tous points égaux à ceux de l’astrologie. Autrement dit, la phrase par exemple « Vous êtes un peu dur parfois, mais au fond vous êtes un grand sensible » marche sur tout le monde. C’est le même principe qui est appliqué et, pour s’en assurer, il suffirait de rendre aléatoire les résultats pour constater que cela ne change rien à la satisfaction de l’utilisateur. (on ne parle pas de la pertinence …)

Quel intérêt ?

Là aussi très simple. L’audience générée crée une sorte d’inertie qui se nourrie elle-même. Le but est simplement d’augmenter la portée du filet. Car parfois, en toute probabilité, les résultats du test tombent parfaitement juste, et les bras de l’utilisateur en tombent aussi. Du coup, il cliquera pour acheter le bouquin … CQFD

Vous pouvez utiliser une astuce bonus :

Malgré le fait que certains tests validés scientifiquement soient remis en question pour cause de non-pertinence dans d’autres cultures/pays, vous pouvez passer outre cela et faire des traductions dans toutes les langues ! Ca ça arrache ! La c’est top bonus combo ! L’utilisateur aura directement le sentiment que si c’est dans le monde alors c’est forcément bien.

Et voilà !

Enjoy !